Le vol d’un salarié peut-il être prouvé par un témoignage ?

Date:

Le vol est communément défini comme la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui. Cette définition est en substance la même que celle  énoncée par  l’article 292 du Code pénal, lequel dispose que « Quiconque a soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol ».

Le vol se déduit de l’existence impérative d’une condition préalable, laquelle doit être effective pour qualifier le commencement d’exécution, d’abord, puis la commission et la consommation de l’infraction ensuite. Il faut préalablement l’existence d’un bien. Bien qui, une fois approprié frauduleusement par l’agent engage inéluctablement la commission de l’infraction. L’intention dolosive, la conscience de l’appartenance du bien à autrui doublé de cette volonté de se l’approprier frauduleusement fonde l’infraction du vol.

Sur les éléments constitutifs :

Les éléments constitutifs se rapportent donc à la chose, à la soustraction et  à la fraude. La matérialité du délit comprend la soustraction de la chose d’autrui ; sa moralité, la fraude qui en est le mobile.

Par vol il faut entendre la soustraction frauduleuse, c’est-à-dire de la manœuvre par laquelle un individu enlève un objet quelconque à son légitime propriétaire, contre le gré de celui-ci. Par cet acte, l’individu obtient une détention précaire du bien, dans la mesure où la possession de ce bien par l’individu n’émane pas de la volonté du légale propriétaire.  La précarité du bien consacre l’illégalité de la possession et donc la commission de l’infraction.

Sur la preuve par témoignage :

L’employeur qui soupçonne un salarié de vol doit en apporter la preuve. Celle-ci doit être non seulement incontestable mais licite quand à son mode d’administration. Des sanctions disciplinaires fondées sur de simples soupçons ou des moyens de preuve illicites seront déclarés abusives et irrecevables.

La preuve d’une infraction pénale étant libre, divers moyens sont à la disposition de l’employeur pour prouver le vol commis par un salarié.

A l’instar de la vidéosurveillance, la fouille corporelle, la fouille de sac, la visite de vestiaire, l’aveu du salarié, le constat d’Huissier, il y’a le témoignage.  

Ce dernier relève des principes généraux de la procédure. Il s’agit d’un acte par lequel une personne atteste de l’existence d’un fait dont elle a eu personnellement connaissance, et non par ouï-dire (lexique des termes juridiques Dalloz).  

Aux termes de l’article 237 du code de procédure civile « Toute personne peut être entendue comme témoin à l’exception de celles qui sont frappées d’une incapacité de témoigner en justice (…) »

A cet effet, l’employeur peut valablement utiliser le témoignage  de collègue du salarié ou de client l’ayant vu voler. Sauf que pour être valable, ce témoignage doit, notamment, avoir été donné librement. L’employeur doit  recueillir un écrit du témoin, sans l’influencer dans sa rédaction et une copie de la pièce d’identité.

En somme,  le témoignage dans le cadre d’un vol par un salarié est légalement valable à condition que celui soit dénué de toutes vicissitudes pouvant émaner de l’employeur souvent très enclin à influencer les témoins. Très souvent les juges ont des faisceaux d’indices sur lesquels ils se basent pour détecter un témoignage vicié, et donc non éclairé et entaché de discrédit.

Raison pour laquelle, Il reviendra au juge d’apprécier souverainement la crédibilité du témoignage versé aux débats.

Avec Pharel Boukika 


En savoir plus sur Que Dit La Loi

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Harold Leckat
Harold Leckathttps://queditlaloi.com/
Juriste, fondateur de Que Dit La Loi

Laisser un commentaire

Share post:

Subscribe

Plus de lecture
Related

Retirer sa plainte suffit-il vraiment à arrêter la justice ?

Dans le langage courant, retirer sa plainte signifie souvent mettre fin à l’affaire. Beaucoup pensent ainsi qu’une procédure pénale dépend exclusivement de la volonté de la victime et qu’un pardon suffit à arrêter la justice. Pourtant, le droit pénal obéit à une logique différente. Une infraction ne concerne pas seulement la personne lésée, mais aussi la société tout entière. Dès lors, la justice peut-elle continuer malgré le retrait de la plainte ? Dans quels cas, au contraire, la procédure s’éteint-elle réellement ? Et quelle différence existe-t-il entre plainte pénale et action civile ?

L’institution du Tribunal ecclésiastique de Libreville : pour qui, pour quoi, et dans quelles limites ?

En janvier 2026, l’Archidiocèse de Libreville a procédé à l’érection d’un tribunal ecclésiastique de première instance. L’annonce de cette institution a suscité interrogations et réactions, certains y voyant l’instauration d’une justice religieuse parallèle, d’autres s’interrogeant sur sa compatibilité avec le principe constitutionnel de laïcité de l’État gabonais. Cette actualité appelle surtout une clarification juridique. Que peut juger un tribunal ecclésiastique ? À qui s’impose-t-il ? Et comment s’articule-t-il avec les juridictions de l’État dans un pays constitutionnellement laïque ? Autant de questions qui méritent d’être éclairées à la lumière du droit, au-delà des perceptions et des inquiétudes nourries par le débat public.

L’activité syndicale des retraités : jusqu’où peut-on encore agir pour la profession que l’on a quittée ?

Ces derniers jours, la question de l’engagement syndical a ressurgi avec force dans le débat public gabonais. Arrestations, prises de position, réactions contrastées : l’actualité sociale a remis sur le devant de la scène le rôle et la place de certains acteurs syndicaux, y compris ceux ayant quitté la vie active. Cette actualité invite surtout à poser une question de droit : un retraité peut-il encore participer à l’action syndicale des actifs ? Entre liberté syndicale, représentation professionnelle et droit de grève, le droit gabonais encadre strictement les conditions dans lesquelles un tel engagement demeure juridiquement possible.

Plainte pénale et gratuité : la mise au point du procureur général Eddy Minang

Le dépôt et le retrait d’une plainte sont-ils vraiment gratuits au Gabon ? Malgré la clarté du droit, des pratiques contraires persistent sur le terrain. À travers le rappel opéré par le procureur général Eddy Minang, cet article revient sur le fondement juridique de la gratuité des plaintes, les dérives observées dans la pratique, et les pistes permettant de renforcer l’application effective de ce principe essentiel d’accès à la justice.

En savoir plus sur Que Dit La Loi

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture