Réforme de la loi sur les associations : Les propositions de Patrick Eyogo-Edzang

Date:

La loi n°35/62 du 10 décembre 1962 qui régit encore les associations en République Gabonaise est archaïque et ne répond plus forcément aux besoins de notre temps. C’est certainement la raison pour laquelle le député Patrick Eyogo-Edzang a élaboré une proposition de loi comportant des innovations importantes.

L’initiative de cette proposition est motivée par trois principales raisons : la réhabilitation de la démocratie pluraliste, le contexte de la coopération internationale et les nécessités juridiques. Notre analyse mettra l’accent uniquement sur les nécessités juridiques.

Adoptée dans un contexte politique et institutionnel particulièrement favorable à la puissance  de l’exécutif,  la loi n°35/62 apparait manifestement inadaptée aujourd’hui avec la promotion de la démocratie participative symbolisée par le rôle croissant des associations et ONG.

L’élaboration et l’adoption de cette proposition de loi s’avèrent donc capitales pour la consolidation de l’Etat de droit démocratique. En corrigeant les insuffisances de la loi n°35/62, la proposition de loi apporte des innovations indéniables sur plusieurs points dont les plus importants feront l’objet d’une attention particulière. Il s’agit donc du principe du silence-acceptation, du non cumul des fonctions administratives au sein d’un bureau de parti politique et/ou d’un bureau d’une association, de la clarification des règles de constitution et des avantages liés à chaque type d’association, de la consécration des principes contractuels, du bénévolat, de démocratie, de transparence, de sincérité et de distinctions entre différents types d’associations, de la reconnaissance et l’encadrement des ONG, l’exclusion des églises du champ de la loi relative aux associations , l’institution d’un contrôle effectif des associations et la clarification des compétences des représentants de l’Etat en matière d’attribution de la capacité juridique aux associations.

  • Le principe du silence-acceptation

La proposition de loi de Patrick Eyogo-Edzang  consacre le principe du silence-acceptation de l’administration pour favoriser et simplifier la législation des associations mais surement pour pallier à la lenteur administrative. Cette innovation est restreinte et rejoint encore l’article 10 de la Loi de 1962 dans la mesure où elle limite toujours la liberté d’association  par l’obtention d’un récépissé provisoire puis définitif. Alors que la liberté d’association devrait répondre à un régime de déclaration et non d’autorisation, il ne faudrait donc pas l’entraver avec des lourdeurs administratives. Prenons le cas par exemple d’une association philanthropique, c’est-à-dire désintéressée  avec pour but d’améliorer la vie d’autrui qui ne peut exercer parce-que confronter à des problèmes administratifs, des délais à respecter …etc. alors que leur principal objet est de venir en aide aux moins nantis.

  • Sur les églises

De même, l’exclusion des églises  du champ  d’application de la loi régissant les associations pourrait se justifier par la volonté du député de soumettre les groupements religieux à un régime différent de celui des autres associations, un régime plus coercitif, peut-être plus contrôlé aussi connaissant les objectifs visés par les associations.

  • Le non cumul des fonctions administratives dans une association et dans un parti politique

Le non cumul proposé par l’élu de Bitam viendra mettre fin à l’amalgame qui est souvent crée par la présence de personnes à la fois dans un bureau d’un parti politique et dans celui d’une association ou dans plusieurs associations différentes. Pour ce faire, il propose : « l’interdiction aux membres de bureaux des partis politiques d’être membres de bureaux d’associations et qu’un membre du bureau ne le soit pas dans plus de deux bureaux d’autres associations ».  

  • Sur le contrôle  

Dans cette proposition de loi, il souligne un point important au regard du contexte  géopolitique actuel miné par des attentats orchestrés par différents groupes terroristes. L’institution d’une enquête de moralité pour s’assurer que les associations ne visent pas des objectifs terroristes et criminels. De plus, il propose le renforcement des contrôles des organes de l’Etat et autres collectivités publiques ou privées sur les activités des associations et leurs finances. En effet, l’Etat devrait disposer d’un contrôle effectif sur les activités menées par toutes les associations en territoire gabonais ainsi que sur leurs moyens de financement. Il s’agit aussi pour l’Etat de remplir sa mission concernant la sécurité.  


En savoir plus sur Que Dit La Loi

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Share post:

Subscribe

Plus de lecture
Related

La centrale d’achat du Gabon : de quoi parle-t-on juridiquement ?

Présentée comme un outil de lutte contre la vie chère, la Centrale d’achat du Gabon (CEAG) suscite autant d’espoirs que d’interrogations. Mais juridiquement, qu’est-ce qu’une centrale d’achat ? Sur quel fondement repose-t-elle réellement ? Entre commande publique, société d’économie mixte, transparence des marchés publics et risques de distorsion de concurrence, cet article revient sur le cadre juridique, le fonctionnement concret et les enjeux soulevés par la mise en place de la CEAG.

Statut du maire : qui peut le remplacer et dans quelles conditions ?

La démission du maire de Libreville a été suivie, en quelques jours, de l’élection d’un nouveau maire par les conseillers municipaux. Une séquence rapide, qui a pu surprendre. Faut-il pour autant y voir un simple choix politique interne, ou l’application d’un mécanisme prévu par la loi ? En réalité, le remplacement d’un maire obéit à des règles précises, souvent méconnues, qui tiennent à la manière même dont les communes sont organisées en droit gabonais.

Le nouveau cadre normatif de l’usage des réseaux sociaux au Gabon : quel impact pour les usagers ?

Le Gabon s’est doté en 2026 d’un cadre juridique inédit pour encadrer l’usage des réseaux sociaux. Entre fin de l’anonymat, responsabilité accrue des utilisateurs et nouvelles obligations pour les plateformes, ce texte ambitionne de réguler un espace numérique longtemps perçu comme hors de contrôle. Mais face à la rapidité des échanges, à l’essor de l’intelligence artificielle et à des pratiques profondément ancrées, cette régulation peut-elle réellement produire les effets attendus ?

Dix ans après la réforme de 2015, quel bilan pour le conseil successoral au Gabon ?

Le conseil successoral occupe aujourd’hui une place centrale dans l’organisation des successions au Gabon. Réformé en 2015 pour mieux encadrer la gestion des biens du défunt, il devait apporter plus de clarté et limiter les conflits familiaux. Dix ans après, le bilan apparaît plus nuancé. Entre cadre juridique clarifié et difficultés persistantes dans sa mise en œuvre, le dispositif révèle un décalage entre les exigences du droit et les réalités familiales. La réforme a-t-elle réellement permis de résoudre les difficultés qu’elle entendait corriger ?

En savoir plus sur Que Dit La Loi

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture